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Face à la crise viticole, les vignerons du Gard se lancent dans la bière artisanale pour séduire une nouvelle clientèle et diversifier leurs revenus

Дата публикации: 06-08-2026 16:50:03

À l’occasion de la Journée internationale de la bière, rencontre avec ces vignerons gardois qui, face à la crise que traverse le vignoble français, diversifient leur activité en produisant leurs bières artisanales.

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À l’occasion de la Journée internationale de la bière, rencontre avec ces vignerons gardois qui, face à la crise que traverse le vignoble français, diversifient leur activité en produisant leurs bières artisanales.

Alors que le monde viticole traverse une grave crise, la bière est en train de détrôner le vin dans l’Hexagone. Pour preuve, en 2025, selon les Brasseurs de France, 22,1 millions d’hectolitres de bières auraient été consommés contre 22 millions d’hectolitres pour le vin, d’après l’Organisation internationale de la vigne et du vin. Un changement de paradigme qu’ont bien compris les viticulteurs du Gard rhodanien. Au point que certains d’entre eux ont choisi de diversifier leur activité en produisant artisanalement leurs propres mousses.

Une commercialisation plus locale que le vin

L’un des premiers à se lancer dans ce pari pour le moins audacieux fut la cave coopérative de Roquemaure, en 2019. Avec l’objectif de "faire venir des jeunes à la boutique, d’attirer une nouvelle clientèle", explique Armelle Rouault, désormais ex-directrice de Rocca Maura. La cave, soutenue par la Région, investit alors 170 000 € pour acheter son unité de brassage d’où sort depuis, chaque année, 15 000 hl de blondes, d’ambrées, de blanches, d’IPA… "Ce matériel nous a aussi permis de faire des vins effervescents et de diversifier notre gamme", ajoute cette œnologue de formation qui imagine utiliser aussi les barriques dans lesquelles sont élevés certains vins pour y faire vieillir des bières.

La cave Rocca Maura produit ses mousses rocca Nostra depuis quelques années déjà. La cave Rocca Maura produit ses mousses rocca Nostra depuis quelques années déjà. Midi Libre - WN

Si cette nouvelle production a permis "de fixer des emplois", elle ne représente au final qu’une part minime du chiffre d’affaires de la structure, à savoir 70 000 € contre 3, 5 millions d’euros pour le vin. "C’est un petit marché, on le fait plus pour l’image de la marque. On vend surtout en local", reconnaît Armelle Rouault.

"La bière c’est très pointu, il n’y a pas d’effet millésime"

Au Château de Bastet, domaine viticole bio situé à Sabran, Julie et Nicolas Richarme sont aussi conscients de cette différence de commercialisation. "On vend nos bières à l’échelle du département, à de la petite distribution, des restaurants, lors d’événements, alors que nos vins partent à l’export, jusqu’aux États-Unis", soulignent ces vignerons qui fabriquent leurs mousses dénommées Basty, depuis deux ans.

"On a une source d’eau sur le domaine et on s’était toujours demandé ce qu’on pourrait en faire. Étant amateurs de bière, on s’est dit pourquoi ne pas se lancer surtout avec la récurrence des aléas climatiques et la déconsommation du vin", détaille le couple. Qui, lui aussi, veut toucher une nouvelle génération "qui est moins attirée par le vin".

Augmenter la production

Comme pour Rocca Maura, les professionnels du vin se forment alors au brassage, réfléchissent et testent des recettes, investissent dans du matériel brassicole… Car produire du vin et de la bière n’a bien sûr rien à voir "à part la fermentation alcoolique. La bière, c’est très pointu, il n’y a pas d’effet millésime", lance Nicolas Richarme qui brasse seul tout au long de l’année.

Aujourd’hui, 600 hl sortent chaque année des cuves de fermentation. Dans trois ans, Nicolas et Julie Richarme souhaiteraient que la production grimpe à 2 500. "On aimerait faire du 50/50 au niveau du chiffre pour que l’activité bière sécurise l’activité vignoble. Là, on est plus à 80/20 car la vente de bière démarre moins vite que ce qu’on aurait aimé car c’est un secteur ultra-concurrentiel. Mais c’est ultra-motivant, ça a créé une dynamique pour tout le domaine", reconnaissent les vignerons brasseurs.

"Une brasserie fait énormément de bien psychologiquement"

Du côté de Cornillon, le domaine Belle des Lières a également réduit leur production d’or rouge pour se concentrer sur la bière. "Contrairement au vin, on n’est pas sur un marché complètement fermé, constatent Thibaut et Émilie, les deux propriétaires. C’est une consommation plus légère et festive, le vin il y a tellement de références que c’est difficile de se démarquer."

Pour le domaine Belles des Lières à Cornillon, produire de la bière permet de s’affranchir des aléas climatiques Pour le domaine Belles des Lières à Cornillon, produire de la bière permet de s’affranchir des aléas climatiques Midi Libre - Arthur Cagna Demoustier

Pour le couple, qui s’est lancé dans la diversification il y a quatre ans, l’activité apporte un vrai plus financier… et surtout un moyen de s’affranchir des aléas climatiques. "Avec le vin, on peut tout perdre en une journée, témoigne le brasseur. Avoir une brasserie fait énormément de bien psychologiquement".

Trouver un équilibre entre les deux activités

C’est notamment pour ces raisons que Thibaut et Émilie souhaitent parvenir à un équilibre entre les deux activités. "Aujourd’hui on est encore loin de cet équilibre", concède la vigneronne. En quelques mois, le domaine est passé de 60 hectares de vignes à 19 hectares de production. En parallèle, la brasserie produit environ 500 litres de bière par mois, déclinés en blanche, blonde, ambrée ainsi qu’en recettes saisonnières. "Dans le vin, le cahier des charges est assez strict. Il y a pas mal de possibilités, mais on peut vite être limité, constate Thibaut. D’une année sur l’autre, tu refais un peu les mêmes choses. Les bières sont beaucoup plus libres."

Cette diversification attire aussi les touristes. Les producteurs constatent la venue de beaucoup de curieux "de toutes les générations", surtout l’été. "Avant il y avait que de la bière industrielle. L’essor des brasseries artisanales permet de faire découvrir des bières qui ont du goût. Et puis la bière garde son côté festif et rafraîchissant. Il y a plus de chances d’ouvrir une bière à 15 h que de boire un verre de rouge", conclut le couple.

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